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Musicologie

XXIe siècle: le Pinkerton de Lac Estion?

Kevin Laforest
3 mars 2010

Lorsqu’il interprète une de ses chansons en spectacle, un groupe rock cherche généralement à soulever les spectateurs, à les faire danser, à les réjouir, à les émouvoir, à les impressionner par ses prouesses musicales… Il est plus rare qu’un band créé volontairement un malaise, si bien que le public ne sait plus trop s’il doit applaudir ou pas.

C’est pourtant exactement ce qui s’est passé l’été dernier lorsque les gars de Lac Estion ont joué Toé pis moé lors de l’arrêt trifluvien de leur « tournée en forme de coeur ». Que cette pièce, qu’on retrouve en ouverture du nouvel album de la formation, XXIe siècle, carbure à l’amertume, au cynisme et aux déceptions amoureuses n’est pas si étonnant, ces sentiments étant récurrents dans les textes du guitariste PA et du chanteur Simon King. Mais les dernières phrases de Toé pis moé sont réellement foudroyantes:

Une chance ça prend un permis pour acheter un gun / Sinon j’m'en pognerais un tout de suite / Je ferais un carnage, une grosse tuerie / Je commencerais par toé / Je finirais par moé

PA: « La première fois qu’on l’a jouée, c’était le pire. C’était la fête de mon ex, ça faisait un mois que je n’étais plus avec elle et j’avais composé cette toune-là parce que j’étais en crisse. On faisait un show au Divan Orange et elle n’était pas supposée être là. Mais après [l'avoir jouée], qui est-ce que je vois drette en avant? Elle, qui est comme [sous le choc]. J’étais comme, câlisse! Ça a été le premier malaise, puis à chaque fois maintenant, c’est [un peu la même chose]. »

SIMON: « On essaie de s’appuyer sur des thématiques fortes. Tu écoutes une toune et tu sais qu’est-ce qui se passe. Il y a bien des tounes [de certains groupes] qui sonnent comme des champs lexicaux de ciel, de soleil, de mer, de dérive, de bateau… C’est comme ben à la mode de parler d’affaires de même! »

PA: « Nous, on ne se targue pas de faire de la pseudo-poésie. Comme la toune XXIe siècle, ça ne rime pas, il n’y pas de poésie là-dedans, c’est du joual, c’est drette dans ta face, mais ça a le mérite d’être clair. »

Ce que vous dites dans XXIe siècle [Aujourd'hui je constate que les rôles sont inversés / C'est rendu que c'est les filles qui pensent rien qu'à fourrer], c’est comme le contraire du cliché qui veut que les gars aiment le cul et que les filles soient romantiques.

SIMON: « Quand la toune a été écrite, moi je vivais exactement de quoi de semblable. On veut s’engager, mais on dirait que les rôles sont inversés: c’est les filles qui te repoussent et qui veulent juste des affaires plus frivoles. En même temps, on ne généralise pas… »

PA: « Ça se veut cocasse, aussi. Les filles, c’est eux autres qui trippent le plus sur cette toune-là. On joue ça en show et elles sont comme ‘haaaaaaaaah!’ » Ce n’est pas dans un contexte sérieux, ce n’est pas une thèse de doctorat. C’est un band rock qui joue une toune… »

Je ne sais pas si vous êtes des fans de Weezer, mais l’évolution entre votre premier et votre deuxième album me fait penser au passage entre l’album bleu et Pinkerton. Pas tant dans le son qu’au niveau des thèmes, qui sont plus sombres, plus torturés…

SIMON: « C’est juste un pétage de coche, dans le fond. On a essayé de garrocher ça sur cd. [...] Avec cet album-là, on veut comme boucler la boucle des frustrations, des questionnements… Les gars, on est tous rendus avec des copines, faque on est moins en crisse! XXIe siècle, c’est comme le défoulement total, on dit ce qu’on a à dire, puis après ça on va passer à autre chose. »

Affranchi avait été enregistré dans votre local de pratique, alors que vous êtes allés dans un vrai studio pour XXIe siècle?

PA: « Oui, c’était avec Pierre-Philippe ‘Pilou’ Côté, dans son studio. On s’est payé des sesssions intenses, de midi jusqu’à 7-8 heures le matin… On a fait 13 tounes en 4 jours. »

Mais en entrant en studio, c’était supposé n’être que pour enregistrer un EP, si je ne me trompe pas?

SIMON: « Ouais, on voulait faire un EP de 4 tounes. Mais  PA a poussé la chose; on avait d’autres tounes qui fittaient dans le thème de XXIe siècle, alors on a décidé [de faire un album complet]. »

PA: « Depuis le début, tout ce qu’on fait est basé sur l’impulsion. Le désir d’aller en studio, ça a été de même. On  le fait-tu? Ouais. On n’a pas l’argent? C’pas grave, on va s’organiser, on va le payer en bout de ligne. On n’a pas une stratégie comme Radio Radio, les Vulgaires Machins, tous ceux qui sortent un album avec une grosse équipe ces temps-ci. Nous, avec notre petite machine, on ne sait pas trop où est-ce qu’on se place. On a une stratégie un peu louche! »

Musicalement, XXIe siècle est plus éclaté qu’Affranchi, particulièment en ce qui a trait aux pièces instrumentales. Était-ce voulu d’explorer davantage de styles ainsi?

SIMON: « En fait, ça a toujours été de même. Chaque toune, on essaie qu’elle ait son [propre] son, selon les paroles et tout ça. Mais avec les tounes instrumentales, c’est sûr qu’on peut plus se laisser aller côté musical, en plus que les gars ont tous un bagage de fous… Mettons Les Ânes emos, qui passe du 4/4 pesant au disco-dance-punk, puis ça revire en prog… C’est juste l’fun, c’est de la masturbation musicale! »

PA: « Ben là, de la masturbation musicale! C’est vraiment péjoratif, c’est quoi cette histoire-là? C’est pas genre plate pour le monde [quand on joue]. »

SIMON: « Non, mais si tu regardes ta blonde se masturber, vas-tu trouver ça plate? »

PA: « C’est pas ça; de la masturbation musicale, dire ça… »

SIMON: « Vois le côté positif: c’est non-égoïste! »

Lac Estion
XXIe siècle
(Poulet Neige)

Spectacle-lancement samedi le 6 mars, 21h
Au Petit Campus, avec Ralf Wiggum

myspace.com/lacestion

www.lacestion.com

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Un commentaire
  • [...] En 2010, mon collègue Kevin Laforest comparait XXIe siècle de Lac Estion (le groupe qui a fait con…. Bien que je demeure convaincu que Kev’ consomme des drogues qui terrasseraient Keith Richards pour se permettre des comparaisons du genre, je dois tout de même avouer que je peux, des mois plus tard, constater quelques rapprochements. Tout comme Rivers Cuomo à l’époque, Kingsbury se dénude sur texte, avec toute la beauté et la laideur que l’exercice impose. Évidemment, sa poésie pourrait être plus élaborée et délaissé un brin son nombril, l’essentiel est là : ses rimes frappent et vont droit au cœur. [...]

Musicologie

Kevin Laforest

Selon Wikipedia, la musicologie est “une discipline scientifique qui étudie les phénomènes en relation avec la musique, dans leur évolution et dans leur rapport avec l’être humain et la société.” Ouin. Ça, ou des critiques de disques, des entrevues avec des musiciens, etc.

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