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Musicologie

Man an Ocean: le post-rock n’est pas mort

Kevin Laforest
17 mai 2010

Ce jeudi 20 mai, la formation Man an Ocean, une de mes plus belles découvertes des dernières années, sera en spectacle à la Sala Rossa, avec les groupes Music for Money et Esker Mica.

Pour l’occasion, le leader de Man an Ocean, David Ratté, a bien voulu répondre à mes questions…

Comment Man an Ocean est-il passé de projet solo à un groupe, qui ne cesse de s’élargir en plus (avec l’ajout récent d’une violoncelliste notamment)?

Le premier album [téléchargeable gratuitement sur le site de Man an Ocean, ndlr] était surtout composé autour des guitares et je pouvais m’en sortir seul sur scène avec une pédale de loops. Par contre, pendant l’enregistrement du deuxième (Fields/Hurricanes) j’ai ajouté tout plein d’instruments et de beats et je me suis retrouvé avec un beau problème pour le lancement: impossible de jouer ça tout seul. J’ai demandé à quelques amis musiciens de m’accompagner pour le show et ils ont embarqués.

Jusque là, Man an Ocean était essentiellement un projet sur disque, mais c’est au lancement qu’on s’est vraiment rendu compte qu’il y avait quelque chose de spécial qui se passait en version band. La chimie a fonctionnée tout de suite: on a compris que les prestations live se feraient dorénavant en groupe.

Pour ce qui est de la magnifique violoncelliste qui va nous accompagner ce jeudi, pour l’instant, c’est un one shot. Faut vraiment venir voir ça. Ça emmène une petite touche Requiem for a Dream à quelques pièces. Je savais que ça allait être cool d’ajouter un violoncelle, mais je ne m’attendais pas à ce que ça ajoute autant.

On décrit souvent ta musique comme étant cinématographique, et pas seulement à cause de ton association avec Rafaël Ouellet sur New Denmark. À quoi attribues-tu cette étiquette qui colle à Man an Ocean?

J’adore ce qualificatif! Je suis un maniaque de cinéma. Ce qui est le plus tripant, c’est quand les gens me décrivent ce qu’ils imaginent en entendant telle ou telle pièce. Pour le même morceau, quelqu’un va me décrire un crash d’avion dans l’océan la nuit pendant que l’autre voit un panorama enneigé au-dessus d’une montagne au Népal, et toutes les réponses sont bonnes. Quand tu chantes des paroles, tu imposes un sens à ta musique, et je crois que les gens vont moins se laisser dériver et inventer leurs propres histoires. Avec la musique instrumentale, tu fais ce que tu veux.

Souvent même, je m’amuse à composer des pièces qui peuvent suggérer des émotions totalement opposées. Libre, enfin, par exemple, peut autant appuyer une mélancolie et une douleur profonde qu’un sentiment de légèreté et d’extase. Personnellement, la pièce m’inspire plus la lumière que l’ombre, mais une fois la musique rendue chez l’auditeur, c’est lui le boss.

Dans ton BangBangOTest, tu dis que « ceux qui croient que les styles musicaux sont une mode qu’on doit suivre » ont tort et que « ceux qui écoutent ma musique même si le post-rock n’est plus à la mode » ont raison. Peux-tu élaborer à ce propos?

C’était une petite flèche envers certains journalistes qui ont décrété que le post-rock est mort et qui, conséquemment, ne nous accordent pas de couverture médiatique. Le post-rock, ça ne branche pas tout le monde; je comprends et respecte ça. Mais mort? Je vais t’avouer que ça me fait un peu rire. D’un côté, on se fait dire par l’«élite indie» que ce style de musique est passé date, et de l’autre, je rencontre et reçois des e-mails de gens qui disent venir tout juste de découvrir le genre et à quel point ça a été pour eux une révélation. Je vois la musique instrumentale émotive ramasser de nouveaux fans chaque jour (malgré l’absence quasi-totale de rotation radio), en plus d’avoir une base de fans hyper fidèles. Je découvre régulièrement des nouveaux bands qui font des trucs hallucinants et qui viennent me chercher dans le bas-ventre, même si leur musique ne s’éloigne pas beaucoup des Explosions in the Sky et des Sigur Ròs de ce monde. Alors quand j’entend Monsieur X ou Y dire que le genre est mort et enterré, je souris un peu.

Indie, pour moi, c’est une démarche, une façon de faire les choses; pas un son ou une esthétique. On ne commencera pas à intégrer des claviers eighties dans nos tounes et porter des hoodies fluo juste parce que c’est in (sans offense à ceux qui correspondent à cette description).

Lors du spectacle à la Sala Rossa, vous allez jouer de nouvelles pièces, vos meilleures selon toi. Est-ce un avant-goût de ce qui se retrouvera sur le troisième album de Man an Ocean?

Tout à fait. Il y a déjà plusieurs tounes enregistrées pour le prochain album et j’aime vraiment où ça s’en va, tout ça. Il y a des trucs plus grands, plus épiques. Il va y avoir un quatuor à cordes sur le disque, c’était un de mes rêves. Bref, j’ai vraiment hâte de vous faire entendre ça. On va en pousser deux ou trois ce jeudi.

Question cruciale: allez-vous attendre la fin de la game avant de commencer le show jeudi?

Haha ! On va sûrement commencer tout de suite après la game. Je ne peux pas garantir que les gens vont pouvoir quitter un bar au centre-ville après le match et arriver à temps pour la première toune, mais je peux garantir que ceux qui seront bien installés à la Sala Rossa dès les premières secondes du spectacle auront droit à une méchante belle soirée.

…On parlait bien de la game de curling Finlande-Danemark?

www.mananocean.com

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Kevin Laforest

Selon Wikipedia, la musicologie est “une discipline scientifique qui étudie les phénomènes en relation avec la musique, dans leur évolution et dans leur rapport avec l’être humain et la société.” Ouin. Ça, ou des critiques de disques, des entrevues avec des musiciens, etc.

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